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2009 p1
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 Il est possible d’esquisser aussi un premier bilan voile.

 Pour nous le gréement de cotre est un réel avantage en équipage réduit et plus particulièrement en cas de vent fort et mer formée. Cette configuration permet de bénéficier d’un plan de voilure bien centré. La présence de fausses bastaques empêche de déborder complètement la grand-voile aux allures de vent arrière. L'assocition d’un yankee et d’une trinquette nécessite un bon réglage des deux voiles l’une par rapport à l’autre pour en tirer un bon rendement.  

Nous avons choisi un mât carbone pour bénéficier de meilleures performances et une réduction du tangage. Dans le petit temps nous profitons d'une surface de voile plus importante par rapport à celle dont nous disposerions avec un mât en aluminium. Malgré le surcoût nous n'avons pas de regrets.

La grand'voile  : 50 m², fullbaten, tissu Hydranet 433, coupe triradiale, bordure libre. Elle dispose de 6 lattes forcées avec boîtiers Ronstan. Compte tenu des conditions météorologiques rencontrées nous avons eu l’occasion de procéder à de multiples réductions de voilure. Déjà notons la présence d’un ris de fond. La prise de ris n’a jamais été problématique, en effet la grand-voile coulisse très facilement le long de son rail grâce aux chariots (attention trop de compression sur les lattes et les chariots vont avoir du mal à descendre, cela nous est arrivé au début, nous avons du diminuer la tension sur les lattes) et elle est maintenue en place par les lazy-jack. La bôme basse permet de rabanter la voile sans avoir à jouer les équilibristes sur le roof. Nous avons eu le « plaisir » d’utiliser les trois ris à plusieurs reprises sans que ce soit rébarbatif ou angoissant. La prise de ris est classique. Certes il faut se déplacer en pied de mât pour frapper l’œillet d’amure mais on peut y régler la tension du guindant et de la bordure comme on le souhaite. Le retour du nerf de chute par le guindant permet de régler la chute en pied de mât.  A l’issue de ce périple nous n’avons pas constaté d’usure anormale et nous n’avons pas eu de soucis côté lattes et chariots. A chaque étape nous habillons la voile de sa housse pour éviter un vieillissement prématuré.

            Le yankee : 50 m², tissu Hydranet 383, coupe triradiale, installé sur un enrouleur Facnor à poulie crantée. L’avantage de la poulie crantée est de garantir en plus d’un meilleur couple un effort constant et moindre à exercer sur la bosse par rapport à un tambour pour enrouler la voile. Nous n’avons pas eu de problème de tenu de la bosse sur la poulie avec coinceur quelle que soit la tension qui s’exerçait sur celle-ci ; la bosse de l’enrouleur est installée en continu. Les réductions sur l’enrouleur ont été nombreuses, en effet en Écosse les variations de vent en direction et en intensité ont été fréquentes. Réduire sans trop d’effort est toujours appréciable devant la répétition des manœuvres. On retrouve le nerf de chute par retour sur le guindant, cela permet de régler la chute sans avoir à se suspendre au point d’écoute qui se situe très haut sur un yankee, un avantage indéniable. Les performances de la voile même roulée partiellement et plus particulièrement au près, sont restées toujours très bonnes. Protégé par une bande anti-uv le yankee peut demeurer à poste.   

            La trinquette : 24 m², tissu Hydranet 433, coupe triradiale, une bande de ris, auto-vireuse, lattes sur chute. Elle est endraillée sur le bas étai avec au niveau du guindant des « mousquetons » en sangles spectra. Ces « mousquetons » sont pratiques, solides, non agressifs pour le yankee au virement de bord. A poste et en service en permanence quelles que soient les conditions météorologiques elle est de fort grammage car elle doit résister à toutes les conditions. Nous n’avons pas eu l’occasion de prendre le ris (ouf !). A 35 nœuds de vent avec rafales nous réduisons la grand’ voile à trois ris et gardons la trinquette haute. La position reculée de celle-ci nous permet d’obtenir un bon équilibre du bateau et de bien passer dans les vagues. Le réglage du chariot se fait depuis le cockpit. C’est la seule voile à avoir un peu souffert : une latte à moitié cassée et un gousset de latte décousu sur quelques centimètres. Certains penons ont profité des ces vents toniques pour reprendre leur liberté (sur le Yankee aussi). C’est là que l’on se rend compte de leur utilité pour les réglages au près. Au mouillage nous avons pris l’habitude d’installer la trinquette dans son sac banane pour la protéger des rayons lumineux.

            Le gennaker : 90 m² en composite CZ30, câble anti-torsion kevlar, monté sur emmagasineur à poulie crantée Facnor installé sur un bout-dehors en carbone. La bosse est établie en continu. La poulie crantée de l’emmagasineur nous apporte tous ses avantages. Porté jusqu’à environ 15 nœuds de vent apparent au près son efficacité est assez extraordinaire dans le petit temps y compris au vent de travers. S'utilise uniquement entièrement déroulée, on ne réduit pas cette voile. C'est tout ou rien. Efficace aussi au largue serré avec un vent plus soutenu. Très facile d’utilisation malgré sa surface, nous n’avons jamais hésité à le hisser. S’enroule et se déroule sans embarras. Pour étarquer correctement le guindant nous disposons d’une poulie de mouflage. Cette poulie est indispensable pour raidir correctement le guindant afin d'obtenir le meilleur près possible et ensuite pouvoir enrouler correctement le gennaker sans prendre le risque de le détériorer. Cette voile redonne de la vigueur au loch dans le petit temps et améliore grandement les performances de notre voilier. Stocké dans la soute à voile le gennaker monte sur le pont que pour être envoyé. Sitôt affalé il regagne la cale. Au près nous restons vigilants, si le vent monte rapidement nous n’hésitons pas à le rouler et à le rentrer car à trop attendre nous risquons, compte tenu de sa surface, de rencontrer quelques difficultés. Certes la vitesse permise par ce type de voile est grisante mais en équipage réduit nous préférons ne pas avoir à nous retrouver dans une position délicate.

            Le spi asymétrique : 178 m², en nylon, coupe triradiale, amuré sur le bout-dehors, envoyé avec une chaussette. Le hale dehors revient au cockpit pour régler la hauteur du point d’amure. Utilisé du travers au presque vent arrière. Nous évitons le plein vent arrière car le maintien du spi et son réglage devient difficile, et comme nous sommes sous pilote en permanence, il devient quasi-impossible de tenir le bateau ou alors il faut barrer. Notre allure préférée avec cette voile est le grand largue. La surface de voile est conséquente aussi nous vérifions deux fois si toutes les manœuvres sont claires avant de l’établir. Une erreur et cela risque de devenir un gros problème à résoudre, avec quelques soucis pour trouver les bonnes solutions dans l’urgence. Une fois établi le bateau se déhale et c’est un régal. Là aussi nous restons vigilants pour anticiper sur une montée en puissance du vent et affaler en temps utile. Le spi est stocké à l'intérieur de la soute à voile dans sa chaussette.

            Le tourmentin : D’une belle couleur orange fluorescente, toujours dans son sac. Installé à poste une fois pour l’essayer. A portée de main  dans un coffre du carré car nous n’envisageons pas, en cas de nécessité, d’ouvrir la soute à voile, d'y descendre avec un pont balayé par les vagues, le hisser et remonter sur le pont. Il sera bien suffisant de se promener sur la plage avant pour l’endrailler sur l’étai de trinquette.

Au cours de cette croisière nous n’avons pas eu de soucis particuliers à signaler. La boite à outil n'est pas sortie de son coffre. Nous surveillons tous les points de ragage possibles pour limiter la survenue d’une usure prématurée des voiles et du gréement courant. Croisière trop courte assurément pour juger du vieillissement de la voilure. Aussi attendons-nous notre prochaine balade pour émettre une opinion sur ce point là.


Partis de Pauillac le 22 juillet nous arrivâmes à Ullapool  (58 degrés nord) située sur la côte nord-ouest de l'Écosse le 13 août. A la mi-septembre nous étions de retour et naviguions à nouveau sur les eaux boueuses de la Gironde. Il s’agissait d’un voyage inaugural pour notre voilier.

Au cours de cette croisière les vents que nous avons rencontrés furent assez forts. Nous avons subi en moyenne des forces de vent comprises entre 20-30 nœuds, parfois plus. 35 nœuds au près en quittant Waterford  au sud-est de l’Irlande pour 25 annoncé. 30-35 noeuds avec rafales, par le travers, en arrivant sur Ullapool. Pour finir nous fûmes bloqués huit jours à Dunmore East par des vents supérieurs à 40 nœuds. Le petit temps lui fut rare. Nous avons navigué au près les trois quarts du temps et avons pu quand même bénéficier de quelques bords de largue et de vent arrière.

 Route classique pour monter en Écosse avec escales à Royan, Les Sables d'Olonne, St Mary's aux Sorlingues, Waterford 15 miles à l'intérieur des terres au fond d'un magnifique  fjord dans le sud-est de l'Irlande. En repartant nous aurons la surprise de nous retrouver au près avec un  suroît de 35 nœuds, une barre à l'entrée du fjord associée à une mer courte et dure. Sous trois ris et trinquette la puissance de notre voilier nous permettra de franchir cette barre sans encombre et heureusement nous virerons assez rapidement pour partir à l'est vers Carnsore Point puis ensuite plein nord, nous retrouvant ainsi grand largue et donc beaucoup plus confortable, pour embouquer le Canal Saint George vers la mer d'Irlande en direction de  Dun Laoghaire dans la baie de Dublin. Puis ensuite Bangor en Irlande du Nord. De là traversée du « North Channel » en direction de Port Ellen sur Islay notre premier mouillage en Écosse. Puis nouveau mouillage en face de Crinan. Tobermory sur l'île de Mull suivra. Remontée sur Mallaig, mouillage à Portree sur l'île de Skye et enfin Ullapool notre destination. Nous y resterons trois jours sur ancre.

 Itinéraire identique pour le retour mais les mouillages seront différents. Kyle of Lochash puis à nouveau Tobermory et son front de mer coloré, le magnifique loch Aline, Oban avec ses sociétés musicales de joueurs de cornemuses dans les rues, Crinan, Port Ellen et ses quatre distilleries de whisky ainsi que 35 nœuds de vent pendant 24 heures. L'ancre tiendra bon. Traversée vers Larne en Irlande du Nord où, à peine mouillé, le vent montera à plus de 40 nœuds. Dans un fond de vase pourri l'ancre va déraper. Sportif de reprendre le mouillage et jeter à nouveau l'ancre. Nous filerons les 80 mètres de chaîne pour assurer notre tranquillité jusqu'à la fin du coup de vent. Descente vers Portavogie, Arklow, Dunmore East ou une succession de plusieurs coups de vents nous immobilisera une semaine. Enfin une jolie brise nous poussera plein sud sur les Scilly où une nouvelle tempête nous bloquera deux jours supplémentaires dans ce mouillage rouleur de Sainte Mary's. Par la suite traversée de la manche avec une houle impressionnante direction Sauzon avec 190 miles parcourus  en 24 heures grâce à un vent de force 5 soutenu et régulier. Avant d'arriver à Sauzon nous changerons enfin nos vêtements de mer pour des « tee-shirts ». Une ultime nuit laiteuse et étoilée, puis amarrage à Pauillac.


Naviguer en Écosse est fantastique. 9976 kilomètres de côtes, des centaines d'îles dont seulement 130 habitées. De nombreux et superbes mouillages peu fréquentés, d'infinies étendues vierges, des collines, des montagnes, des brouillards, des villes et de minuscules villages enchâssés dans leurs écrins de verdures ou des criques sableuses, des pluies, de l'humidité, des jeux de lumières incroyables, un accueil chaleureux, des châteaux, du soleil, un breuvage exceptionnel. 


Une navigation avisée évitera de s'exposer à des situations épineuses voire périlleuses. L'annuaire des marées et un atlas des courants sont absolument indispensables. Il n'est pas rare d'affronter de forts courants et des tourbillons violents en maints endroits. Une mer dure, courte, désagréable résulte dans les chenaux ouverts à la mer, de la présence d'un vent fort opposé au sens du courant. Écouter les bulletins météorologiques à la radio, ou à la VHF, les lire sur le Navtex est primordial. En effet ce n'est pas une légende le temps est très changeant. Nous avons pu avoir dans la même journée du soleil, de la pluie, du vent violent, de la bruine, de la brume, un calme plat. Les manœuvres de voiles sont donc très fréquentes elles aussi. La navigation s'effectue rarement en chemisette et de bons vêtements de mer étanches doivent faire parti de votre panoplie. Disposer d'une bonne annexe correctement motorisé est indispensable. Il y a peu de pontons dans ces contrés sauvages, jeter l'ancre est la règle. L'avitaillement est possible à peu près partout en vivre frais et conserves, dans de nombreuses échoppes et aussi parfois supermarchés dans les villes d'une certaine importance.


 Après ce périple nous pouvons dresser un premier bilan du bateau et des options choisies.

Le bateau est maniable à toutes les allures, les manœuvres restent faciles quelle que soit la puissance du vent pour le moment rencontré. La remontée au vent est excellente (30° du vent). Il reste rapide dans le petit temps même à pleine charge.

 Un grand panneau de descente associé à huit hublots (dont six ouvrants) situés sur le roof procurent une belle luminosité. L’aération profite de ces nombreuses ouvertures. Les aménagements réalisés en contre-plaqué frêne, ainsi que les massifs en bois, renforcent cette impression. Le frêne a été choisi car ce bois doré et clair se travaille facilement et se marque peu. L'ensemble des boiseries a été traité par une lasure incolote pour un entretien facile. L'intérieur une fois enduit (et poncé) a été peint avec une peinture polyuréthane bicomposante blanche. Le nettoyage en est facilité : un coup d'éponge et tout est propre.

 En navigation la cuisine en U est très agréable d’utilisation, le cuisinier est toujours calé. Le salon de pont permet d’assurer la veille la nuit de l’intérieur. Les couchettes situées au centre du bateau sont confortables et on peut y dormir en mer. Le placard à cirés aménagé dans les toilettes est un peu loin de la descente lorsque les cirés sont dégoulinants. Au mouillage ou dans les ports, la cuisine est encore plus agréable et les couchettes douillettes. La salle d’eau est vaste, on y prend une douche avec aise. Avec une réserve de 600 litres d’eau aucun remord à faire sa toilette.

L’échouage ne pose aucun problème, le voilier se pose sur ses deux quilles et son safran, le tout est bien stable. Ne pas oublier l’échelle pour descendre ou remonter à bord. A l’ancre l’annexe toujours disponible dans son logement sous le cockpit est rapidement mise à l’eau. La remonter n'est pas toujours aisé et d'autant plus que le mouillage est rouleur ou agité.


  

Essais

Pauillac—Ullapool—Pauillac

 juillet-septembre 2008