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En ouvrant la porte de la maison, plus de quatre mois après l’avoir quittée, nous achevions une croisière qui nous avait menée au-delà du cercle polaire, aux confins de l’arctique, à bord de notre voilier.  Nous arrivions d’Inverness, la capitale des Highlands tout en haut dans le nord de l’Ecosse, à l’extrémité orientale de cette immense faille qu’est la grande vallée constituée de quatre lacs successifs dont le légendaire Loch Ness, et à travers laquelle fut construit puis ouvert en 1822 le Canal Calédonien. Noème, notre voilier, est resté à l’amarrage dans une marina toute neuve à l’embouchure de la rivière Ness. Ce port de plaisance est situé à deux kilomètres du centre-ville d’Inverness petite cité  paisible et calme, peut-être un peu triste. L’été elle est envahie par une foule de randonneurs partant à l’assaut  de la nature sauvage environnante. A la fin septembre, à notre retour, la majorité des touristes l’avait désertée et la ville retrouvait sa tranquillité.

Quelques jours plus tard, en voiture, départ de la maison pour Inverness afin d’hiverner « Noème » et le vider du linge, vêtements et livres, laissés à bord. Sans oublier les tenues de mer qui ont besoin d’un sérieux nettoyage. Comme le yankee et la trinquette présentent des traces d’usure ils seront du voyage en vue d’une révision complète chez le voilier.

Le choix de l’Ecosse pour hiverner est la conséquence d’une malheureuse panne d’inverseur survenue au début la traversée vers Longyearbyen, capitale du Spitzberg, au départ du petit port de pêche de Torsvag, situé à 40 milles nautiques au nord de Tromsø près du Cap Nord. Cet incident nous obligea à reconsidérer notre programme pour le Spitzberg. En compensationvisite des Lofoten avant de redescendre sur Inverness.

Le bateau aurait put hiverné en Norvège mais pour des raisons de commodités l’Ecosse a été choisie nous épargnant ainsi les trois semaines de navigation de Pauillac aux Highlands le printemps prochain pour remonter vers le nord et espérer atteindre enfin le Spitzberg.

Malgré cette déconvenue la croisière fut attrayante et très agréable.

En résumé nous sommes montés avec des vents de secteur nord et plutôt de nord-est en Norvège et redescendus avec des vents de secteur sud et plutôt de sud-ouest des Shetland à Inverness. Beaucoup de près  comme l’année dernière donc. Du beau temps dès notre  départ de Pauillac. Un petit coup de vent à Dublin et le reste du temps, globalement, que du soleil. Pour la route retour par contre les conditions météorologiques se sont progressivement détériorées.

Départ de Pauillac à la mi-mai, remontée de la côte atlantique avec une escale à Sauzon puis le lendemain à Audierne. De là passage rapide de la Manche vers les Sorlingues et prise d’un coffre à Sainte Mary’s : il n’est pas possible d’accéder au quai sauf temporairement pour un plein d’eau ou de gazole. Mouillage toujours aussi rouleur et peu plaisant mais les Scilly sont tellement belles et agréables. Deux jours d'escale accompagnés d’un beau soleil printannier à déambuler dans les rues et sur les sentiers, à redécouvrir ces îles où nous faisons toujours escale sur la route de l’Irlande.

Libérés du coffre nous embouquons la grande passe de l’ouest bordée de multiples brisants d’où émergent, dans la brume, d’innombrables écueils acérés de sinistre réputation. Sortis de la passe direction de Dublin au nord-nord-est dans la brumaille par un temps calme, toutes voiles dehors, poussés par une brise légère bien établie de nord-ouest. Le canal Saint Georges  sera franchi en fin de nuit, sans avoir croisé beaucoup de trafic. La seconde moitié de la route se faira avec 15-20 nœuds de vent au plein vent arrière sur une mer d’Irlande agitée et rouleuse, Noème se balançant bord sur bord. La trinquette est amenée pour qu’elle cesse de battre et faire vibrer la mâture ; non seulement elle se gonfle mal mais de plus dévente le yankee. Noème progresse sous un ciel d’un bleu éclatant le long de la côte parsemée d’éoliennes et bordée de bancs de sable, soulignée en arrière-plan par les monts de Wicklow. En fin d’après-midi la baie de Dublin est en vue, le trafic maritime commercial s’intensifie. Dans le lointain, au fond de la baie une multitude de voiliers multicolores  évoluent en tous sens.

L’étrave est pointée vers le port de Dún Laoghaire (prononcer « Dun Liri ») dans le sud-est de la baie de Dublin. Le port est entouré de deux hautes jetées immenses : la jetée Est mesure 2.3 kilomètres et celle de l’Ouest 1,8 kilomètres. La marina se trouve dans cet espace, située à côté du terminal des ferries à très grande vitesse, protégée elle-même d’une autre digue de 1,15 kilomètre. Il est indispensable de rester vigilant et prudent lors de l’approche du port, car si le chenal d’accès est parfaitement balisé les ferries sont très rapides et prioritaires. Dans l’avant-port depuis de nombreux bateaux fusent plusieurs « bonjour » et quelques courtes phrases de bienvenues en français. Encore peu de voiliers à cette saison, le ponton visiteur est entièrement libre. Cette marina très chic, propre comme un sou neuf, sans une crotte de mouette sur les pannes est excessivement sécurisée : les portes ne s’ouvrent qu’avec les empruntes digitales scannées des matelots. L’accès par la mer lui reste grand ouvert, les intrus potentiels doivent imaginer sans doute qu’une lourde chaîne bloque, la nuit, la passe d’entrée. En dehors de cela l’accueil est très professionnel, le personnel affable et disponible. Mais ce fut le port à la redevance la plus élevée de toute la croisière.

A notre prochain passage nous irons à Howth au nord de la baie de Dublin port de pêche et de plaisance moins onéreux.

Pour l’instant l’agglomération d’escale est Dún Laoghaire. Le centre ville à cinq cents mètres des pontons offre de nombreux « pubs », supermarchés, magasins d’accastillage, cybercafés. La très belle promenade du  front de mer, les vieilles villas victoriennes coquettes et leurs jardins fleuris, lui donnent un certain charme désuet.

Le mauvais temps va s’installer pour plusieurs jours. Autant en profiter pour visiter Dublin situé à douze kilomètres de là. La gare, à cinquante mètres de la marina, facilite l’accessibilité au  train. Les départs sont fréquents tout au long de la journée. Nous sillonnerons les rues de Dublin sous un ciel plombé, par des journées ventées parfois pluvieuses. Dublin est établi à l’embouchure de la rivière Liffey qui naît dans les monts de Wicklow au sud et s’étire sur 125 kilomètres avant de venir séparer la ville en deux : le Dublin populeux au nord et le Dublin opulent au sud. La Liffey finit de s’écouler, avant de se livrer à la mer d’Irlande, entre les quais de pierre des quartiers modernes baignés par une brise marine continue, nous rappelant que Dublin a toujours été un grand port.

Au centre de la ville se dresse la « Spike » la flèche du millénaire érigée en l’an 2000, symbole de la métamorphose de la ville. Malgré les gigantesques travaux immobiliers de modernisation qui font maintenant ressembler ces quartiers modernes du port à n’importe quel quartier d’une ville moderne de la planète, Dublin a su préserver son cœur historique et ce ravissement que nous procurait le plaisir de flâner dans ses artères. Trinity collège fondé en 1592 sous le règne d’Elizabeth I reste la plus prestigieuse université d’Irlande dotée d’un patrimoine culturel et artistique étonnant dont la pièce la plus célèbre est le Livre de Kells, manuscrit enluminé réalisé par des moines celtiques vers l’an 800. Old Jameson Distillery installée depuis 1780, haut lieu de production historique du whiskey avec un musée très agréable et une dégustation  servie à la fin de la visite. Guiness Storehouse lieu d’élaboration de la célébrissime « Brune » Guiness, boisson incontournable à consommer dans les cafés et « pub ». La visite guidée des appartements et de la chapelle royale de Dublin Castle. Christ Church Cathédral impressionnant édifice dont le début de la construction remonte aux environs de 1030 avec une des plus grandes cryptes médiévales de l’Irlande et de la Grande Bretagne.

Vadrouiller au long des rues le nez en l’air et Dublin dévoilera tout son charme : les bâtiments de style géorgien aux portes si colorées, les innombrables pubs où coule la Guinness, les nombreux parcs aux arbres centenaires, les maisons au style victorien, les musées, les traces de ses écrivains, la gentillesse des Dublinois. Une visite de Dublin ne pourra que vous enchanter. Prolonger  donc un peu l’escale avant de pousser plus loin votre virée.

Le beau temps revenu, après cinq jours de pause, les amarres sont larguées. Route au nord vers Bangor établit sur la côte sud au seuil de  la baie de Belfast. De nouveau les bords de près au débouché de la baie de Dublin. Une bruine épaisse, un voilier fantomatique et une bonne brise nous accompagneront presque tout le long du parcours. Le voilier, au gré des bords de près, disparait épisodiquement et bientôt définitivement dans la brume. Le crachin se dispersera en fin de soirée laissant enfin place au soleil. Dans une agréable lumière dorée de fin de journée de printemps, arrivée à Bangor ville balnéaire animée et très fréquentée où règnent déjà une température élevée et une ambiance décontractée  de vacances, bien que ce ne soit que la fin du mois de mai. Sa marina élégante bien organisée, jouxte le port de pêche à même la ville. Un superbe Trois Mâts Suédois y est à quai en réfection. Entourée de hautes demeures victoriennes colorées dominant la mer, elle nous offrira une place pour quelques jours. Par de belles journées printanières et chaudes nous cheminons en flânant sur des sentes pédestres à flanc de coteau à la découverte de cette côte verdoyante. Sur la place centrale, animée par des équilibristes et amuseurs publics, nous faisons la queue devant le marchand de glace à proximité du petit train promenade et des pédalos en forme de cygnes, imitant en cela les estivants accablés de chaleur. Au centre-ville dans un parc, sur une superbe surface gazonnée, nous assistons au déroulement de parties de bowling sur gazon opposant plusieurs équipes dont les protagonistes sont vêtus d’une tenue d’un blanc immaculé irréprochable. Les manches, dans une ambiance « So British », se succèdent tout en retenu sans un seul geste excessif.

Les distractions de Bangor épuisées et le temps au beau fixe départ pourtraverser le Canal du Nord vers l’Ecosse en direction de Crinan. La navigation se fera pratiquement au moteur toute la journée, le vent est quasi absent. Il est préférable de ne pas trop traîner dans le « North Channel » car les courants sont forts (jusqu’à 6 nœuds en vives-eaux) et s’inversent à chaque marée, autant profiter du courant pour progresser. Mull of Kintyre, cap à l’extrémité de la péninsule du Kintyre, sera largement débordé pour éviter les remous malsains engendrés par ces forts courants de marée. En cas de vent  fort contre le courant dans cette zone la mer se lève dangereusement et la navigation devient vite périlleuse. Nous préférons nous rapprocher d’Islay. Si l’île est réputée pour ces distilleries de whisky, la mer y est aussi plus calme. En  côtoyant son bord nous apercevons les toits de Port Ellen, principal port  d’Islay où nous avions mouillé  l’année précédente pour laisser passer un coup de vent.

  

Voyage  en Norvège été 2009

(17 mai - 6 septembre)

Mouillage de St Mary's

Inverness marina

Pauillac

 Dún Laoghaire

Calendrier

17 mai : Pauillac  Royan

18 au 19 mai Royan Sauzon

20 mai Sauzon Audierne

21 22 mai Audierne Sorlingue

23 24 mai Sainte Mary’s Dun laoghaire

29 mai Dublin Bangor

31 mai Bangor Crinan

1er juin Crinan Fort William  Corpach

2 juin Banavie Fort Augustus

3 juin  Fort Augustus Inverness

4 juin Inverness Wick

7 juin Wick Kirkwall

9 juin Kirkwall Lerwick

11 au 12 juin Lerwick Bergen

16 juin Bergen Skifjord

17 juin Skifjord Maloy

21 juin Maloy Bergen

27 juin Bergen Myklebust

28 juin Skifjord Raudoya

29 Raudoya Kristiansund

30 Kristiansund Uthaug

1er juillet Uthaug Rorvick

2 juillet Rorvick Sandnessiuoen

3 juillet Sandnessiuon Bodo

 6 juillet Bodo Skutvik

7 juillet Skutvik Engennes

8 juillet Engenes Tromso

10 juillet Tromso Torsvag 

11 juillet Torsvag Tromso (18h30 demi tour)

15 juillet Tromso Engenes

16 juillet Engenes Lodingen (Vesteralen)

17 juillet Lodingen Svolvaer (Lofoten)

21 juillet Svolvaer Leknes

22 juillet Leknes Reine

25 juillet Reine Sandviken

26 juillet Sandviken Nesna

27 juillet Nesna Bronnoysund

28 juillet Bronnoysund Rorvik

29 juillet Rorvik Stokksund

30 juillet Stokksund Uthaug

1er août Uthaug Trondheim

20 Août Trondheim Vingvagen

21 août Vingvagen Kristiansund

22 août Kristiansund Alesund

23 août Alesund Maloy

24 Août Maloy Floro

26 Août Floro Lerwick

2 Septembre Lerwick Kirkwall

5 septembre Kirkwall Wick

6 septembre Wick Inverness

  

Voyage en Norvège été 2009

Pui passage dans le Sound of Jura. L’île Jura où Georges Orwell fini de rédiger « 1984 », habitée par quelques milliers de cerfs mais moins de 200 insulaires, sera laissée à bâbord avec sa distillerie vraisemblablement la plus vieille d’Ecosse. Progressions vers Crinan toujours au moteur portés par le courant dans une pétole totale et une chaleur étonnante sous ces latitudes. Crinan  est la porte de sortie (ou d’entrée) du canal de Crinan qui permet de rejoindre la Clyde aux Hébrides intérieur (ou l’inverse) en évitant le passage par Mull of Kintyre dont la renommée a dépassé ses frontières grâce à la chanson de Paul Mac Cartney. En fin d’après-midi ancre mouillée par cinq mètres de fond en retrait des portes de l’écluse. Aucune activité côté canal. Un calme profond entoure le mouillage où nous sommes seuls. Quelques rares sons de clochettes, agitées au cou de moutons épars dans les prairies avoisinantes de la rive opposée, nous parviennent de loin en loin brisant le silence. Noème est parfaitement immobile sur le plan d’eau qu’aucune brise ne vient froncer. Les montagnes et la mer  au coucher du soleil s’embrasent de couleurs intenses, virant du jaune à l’orange puis au rouge dans un ciel qui s’étoile.

Le lendemain matin dans une brume matinale légère, sans vent, remonté du mouillage. Le bruit du moteur et du guindeau fragilisent le silence environnant. C’est l’heure de la marée, impossible d'attendre que le vent se lève. Ici aussi les courants liés à la marée sont impétueux et occasionnent des tourbillons impressionnants entre îles et îlots disséminés tout au long du parcours. Prochaine halte : l’entrée du Canal Calédonian à Corpach près de Fort William. Il faut tenir compte de l’heure de la marée et également des plages horaires de l’ouverture des écluses. Moteur embrayé Noème glisse progressivement sur un miroir parfait, laissant derrière lui un discret sillage obstiné et se dirige vers l’étroit chenal isolant l’île Luing de l’île Seil en direction du Firth of Lorn. Peu de remous encore, l'appareillage à eu lieu suffisamment tôt. La vitesse du courant s’intensifie, virer au nord-nord-est à débouquer du chenal. Seil défile sur tribord, rocheuse et ombragée. A bâbord la côte de Mull dominée par le Ben Moore (966 mètres), couverte de landes, découpée et façonnée par les glaciers maintenant disparus, s’illumine graduellement au soleil de verts changeants. De nombreux récifs et rochers abandonnés sur la route, déterminent de nombreux passages étroits dans lesquels les courants s’accélèrent en tourbillons et remous violents. Noème sous pilote se déporte, fait des embardées. Par prudence reprise de la barre aux passages les plus difficiles. La vitesse atteindra  douze nœuds sur le fond par endroits. Bientôt l’île de Kerrera se profile sur l’horizon puis défile très vite le long du bordé avant de se faire oublier. Pui virer au Nord-ouest pour pénétrer dans le Sound of Mull qui mène à Tobermorry la « capitale » de Mull devenue célèbre depuis qu’une série télévisuelle a popularisé son front de mer de maisons multicolores. Un mille plus avant virer à nouveau au nord-nord-est pour rejoindre le Loch Linnhe baigné d’une discrète brume de chaleur. Le loch est large avec peu de courant, les berges pentues sont boisées et de rares maisons blanches aux toits d’ardoise y sont accrochées. Le vent toujours absent oblige à faire route au moteur. Au fond du loch surgit Fort William au pied du Ben Nevis dont le sommet, encore enneigé, miroite au soleil. C’est la plus haute montagne de Grande Bretagne,  sa cime culmine à 1344 mètres. Fort William est dépassé ainsi que ses bancs de sable qui affleurent. Le loch s’incurve sur bâbord, encore quelques minutes et c'est l'arrivée à Corpach. Les portes de la première écluse sont fermées. Quelques ronds dans l’eau pour espérer voir arriver l’éclusier. Comme il n’en est rien pas d'autres solutions que d'amarrer Noème au quai d’accueil à proximité de l’écluse et attendre.

Finalement un individu longiligne, dégingandé, en tenue bleue marine accoutré d’une brassière rouge fait de grands signes en nous hélant. Les portes de l’écluse commencent à s’entrouvrir dans un grincement sourd. Le moteur est rapidement démarré, les amarres récupérées et Noème déhalé du ponton. La porte de l’écluse franchie Noème vient à quai de nouveau. L’éclusier fait signe de monter sur le quai et de le suivre à l’intérieur d’un bâtiment implanté en retrait du canal. Là il explique (dans un anglais teinté d’un fort accent écossais) les manutentions et manœuvres qui nous attendent pour franchir les écluses et les ponts tournants. A l’issue de son exposé il remet divers documents concernant la navigation sur le canal. Pour finir compléter une fiche signalétique et régler le montant des droits de passage qui s’élèvent pour notre bateau à la somme de 226 (£) livres Sterling. Une fois payé ce droit de transit il n’y aura pas de frais supplémentaires à acquitter. A l’image du premier éclusier, tout le long du parcours les autres seront obligeants et disponibles. Voilà enfin dans le Canal Calédonian dont nous avions si souvent parlé et à propos duquel nous avions lu nombre de récits. A quelques encablures de là, à Banavie, se dresse l'escalier de Neptune : huit écluses consécutives et une heure et demie pour les franchir dans  un impressionnant dénivelé qui nous mène, par marche successive à 19,5 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les portes autrefois manœuvrées à l’aide de cabestan par douze hommes, le sont aujourd’hui seulement par deux car équipées de vérins hydrauliques, ce qui a simplifié leur travail.  La fin de journée s’annonce, aussi après avoir escaladé cette série d’écluses, l'heure de la débauche sonnera pour les éclusiers et pour nous.


 

 Juste après la dernière écluse le ponton de la marina de Banavie attend pour la nuit les yachts en transit. Un paysage d’une grande quiétude nous entoure. Une certaine sérénité règne sur cette portion de canal où, installés sur le quai à l’heure du thé, au milieu d’autres embarcations amarrées, sous un soleil rutilant, nous admirons les dernières neiges du Ben Nevis, cet ancien volcan à présent éteint.

Le lendemain il fait décidément toujours aussi beau. Départ pour Fort Augustus au sud du loch Ness. Cabotage sur une bonne longueur de canal avant d’atteindre le Loch Lochy premier loch sur la route. Quelques écluses et ponts tournants encore plus loin le Loch Oich s’offre au voyageur. Dans l’après-midi le vent enfla et souffla fort ne facilitant pas le pilotage dans les zones exigües. Après Loch Oich une nouvelle portion de canal avec ses ponts et écluses et à parcourir avant de rejoindre Fort Augustus pour y passer la nuit.

Le canal est bâti au cœur des Highlands ou Hautes Terres, région de montagnes et de collines, aux terres peu arables et peu peuplées. De part et d’autre du canal ou des lochs, très peu de bétail et de cultures, mais des rhododendrons sauvages en fleurs à foison, des genêts d’un jaune éclatant à perte de vue, de petites maisons blanches installées au milieu de jardin en fleurs, agrippées aux flancs des montagnes. Parfois des ruines mêlées à la végétation sont aperçues ainsi que quelques rares châteaux. A Fort Augustus il y a plusieurs écluses à descendre pour rattraper le niveau du Loch Ness. En cette fin d’après-midi, entre les manœuvres, avec des Ecossais mais aussi des Français venu nous rejoindre, surpris d’avoir vu un mât aussi haut (celui de Noème) dominer les écluses, nous bavardons sur les plaisirs ou déplaisirs de la navigation en terre écossaise. Noème ayant fini d’écluser il est immobilisé au ponton d’attente et assuré solidement. Un peu plus en avant, le loch Ness moutonne furieusement sous l’action du vent qui continue de souffler fort. Débarquement pour se dégourdir les jambes et parcourir les rues comme nous aimons tant le faire à la découverte de la personnalité de chaque escale. Fort Augustus est une toute petite ville qui ne vit que du tourisme. Elle offre peu d’attractions et l’heure tardive à déjà vidé les rues. Enfin regagner bien vite le bord pour se protéger du vent tempétueux qui n’en fini pas de soufler.

            Nous nous éveillons avec la promesse d’une nouvelle journée ensoleillée. Sur vingt mille nautiques il faut emprunter le fameux Loch Ness, célèbre pour son monstre hypothétique. Le vent est tombé, le moteur va être mis à contribution. Le peu de vent présent s’établira de toute façon de face. Le loch Ness est encaissé dans une grande faille, les versants des montagnes qui nous entourent sont jaunis par les genêts et clairsemés de minuscules moutons. Un petit détour pour s'approcher des ruines du  magnifique château d’Urquhart installé sur un promontoire rocheux battu par les vents en bordure de berge. La légende prétend que le monstre y fit sa première apparition. Un mouillage est possible dans le nord du château à l’intérieur d’une crique. Le petit loch Dochfour prolonge le Loch Ness dont la beauté sauvage est quitté à regret. Nessie n’a pas daigné montrer le bout du museau, fatigué sans doute des touristes qui le traquent.

Pour achever cette traversée suivent deux ports où l'on peut séjourner : Caley marina et Seaport marina. On peut aussi passer les dernières portes d’emblée et se rendre à Inverness où un nouveau port de plaisance vient d’être aménagé, ce que nous avons fait après avoir attendu que le pont de chemin de fer s’ouvre, entre le passage de deux trains.

Le passage du canal n’est nullement difficile. Les manœuvres ne présentent aucune complexité particulière, même en équipage réduit. Des précautions sont à prendre par simple prudence. Bien protéger les flancs du bateau avec de bonnes défenses, avoir à disposition des amarres assez longues (elles passent en double sur des pontets situés sur le quai et reviennent sur le bateau) car le « marnage » peut atteindre 4 à 5 mètres, deux bonnes gaffes. De plus le personnel recommande le port de gilets de sauvetage, sans insistance. A deux reprises,  les ailettes des quilles ont frotté sur la paroi verticale du quai car nous n’avions pas maintenu le bateau strictement parallèle à ce dernier. Par la suite nous faisions attention à bien le maintenir dans l’axe et ne pas rapprocher la proue du quai. Eviter si possible de se retrouver devant les portes de l’écluse au moment du remplissage car cela provoque l’apparition de grosses turbulences et de  gros remous qui font danser la gigue aux embarcations. S’il se trouve plusieurs bateaux à écluser le choix de la place ne sera pas possible, les éclusiers les disposant en fonction de leur encombrement dans le bassin.

            A la sortie du canal, après appel sur la VHF une place nous est attribuée au fond du bassin de la nouvelle marina d’Inverness ouverte fin 2008. Le « Harbour master » nous accueille et attrape nos amarres à la volée. Une fois les formalités assurées direction Inverness. Trente ans ont passés  depuis  un précédent passage ici. Peu de changement au centre ville de la capitale des Highlands. Le château en pierre rose domine toujours la ville qui s’est étendue et modernisée. Les berges et les îlots de la rivière Ness maintenant aménagés, autorisent une longue promenade en toute tranquililté au milieu d’arbres immenses.


  

Après une nuit passée à  Inverness  68 milles pour rallier le gros bourg de Wick à l’extrémité nord-est de l’Ecosse. Vent au nord-nord-ouest : ce sera encore un long bord de près dans une mer courte. Un temps gris, bouché, ponctué d’un crachin froid et pénétrant, associé à un vent frais complète le tableau. Noème longe une côte basse couverte d’une lande rase, lugubre, se confondant avec cette nébulosité sombre et menaçante qui monte sur son horizon. Elle se jette par des falaises hautes et droites dans une  mer assombrie. A l’approche du soir nous pénétrons, par mer agitée et croisée, dans la baie de Wick encombrée de roches à fleurs d’eau.  L’accès au port se fait par un chenal étroit aux quais surélevés et sinistres, impressions renforcées par la pénombre.  Au bout du chenal à tribord l’entrée d’un chenal secondaire se découpe dans le mur sombre. Nous continuons tout droit et pénétrons dans une immense darse aux quais désespérément vides. Nous passerons 3 nuits en raison du mauvais temps annoncé dans cet énorme bassin déserté par la flotte de pêche. Le millier de bateaux qui fréquentaient le port à déserté en même temps que le hareng disparaissait des mers nordiques. Nous y étions seuls, accostés à un haut quai de bois vertical englué d’algues. Un pêcheur au visage raviné de rides profondes d’une vie passée en mer, après avoir saisi et tourné nos filins aux bites d’amarrage esseulées, nous contera d’une voix affectée l’histoire de cette pêche perdue, inépuisable lui semblait-il. Son compagnon gardant ses yeux bleus plissés sur ses propres souvenirs, écoutera son récit, acquiesçant par moment d’un léger mouvement de la tête sans l’interrompre.

La zone portuaire prépare sa reconversion. Une marina est en cours d’aménagement dans un second bassin, au bout du chenal dont nous avions entraperçu l’entrée la veille au soir. La ville elle-même sous ce temps pluvieux apparaît sévère et désenchantée, impression renforcé par l’aspect des maisons aux murs de granit et aux toits d’ardoise.

Au troisième jour d’escale le ciel se dégage progressivement. Etape suivante Kirkwall la capitale des Orcades quarante milles plus au nord pour celà il faut franchir le Pentland Firth qui sépare le nord de l’Ecosse de l’archipel des Orcades passage réputé pour ses courants extrêmement violents (jusqu’à douze nœuds en vives-eaux). Par mauvais temps l’association de ces courants et la présence de hauts-fonds lèvent une mer furieuse. Bien que la mer soit belle et le temps calme, un large tour est donné au haut-fond localisé sur la route directe. L’archipel est constitué de 67 îles basses et nues, limitées par des falaises verticales profondément découpées. De rares arbres, inclinés, ont réussi à grandir dans cet environnement battu par les vents. South Ronaldsay est laissé sur bâbord avec ses falaises colorées, surmontées d’un vol d’oiseaux marins aux cris plaintifs. Approche de Mainland, la plus grande des îles, virons plein ouest pour venir raser son nord en direction de Shapinsay qui délimite avec elle un étroit chenal. A la sortie  virement plein sud vers le fond de la baie et Kirkwall.

La marina, récente, est installée dans le même espace que le port de pêche. Pas d’encombrement au ponton visiteur. Là aussi accueil affable. Le « Harbour Master » remet une documentation spécifiant tous les ports accessibles, les coordonnées géographiques des mouillages et aussi celles de bouées mises en place spécialement pour les visiteurs. Les mouillages isolés sont si nombreux, que les explorer en totalité en quelques jours est impossible. Certains d’entre eux sont vraiment loin de tout, parmi une nature à l’état brut.

Nous profitons des journées qui sont de plus en plus longues pour explorer Mainland et Kirkwall. La majorité de la population réside à Kirkwall lui procurant une impression de cité agitée. L’imposante cathédrale Saint Magnus mérite une visite. De style roman, édifiée à partir de 1137    à l’aide de pierres rouge et jaune locales, elle bénéficia d’extensions au treizième quatorzième et quinzième siècles. Le Earl’s Palace et le Bishop’s Palace jouxtent la cathédrale. A voir aussi le musée de Tankerness House, il détient une collection d’objets préhistoriques, Pictes et Vikings de toute beauté. D’autres sites sont à découvrir sur Mailand le cercle de pierre de Brodgar, Skara Brae un site préhistorique essentiel, les pierres levées de Stenness.

La route est reprise cette fois vers les îles Shetland avec un bon 6 et au près bien sûr, par chance route sur le même bord. Fair Isle à mi-parcours, île minuscule qui offre un excellent abri dans son nord,  est laissée sur bâbord. A vingt-deux heures le soir, sous un beau ciel ensoleillé se découpe la pointe sud des Shetland : Sumberg Head. De hautes falaises délimitent un relief plus vallonné  mais tout aussi dépourvu d’arbres que les Orcades. Pendant une heure naviguation près de cette côte qui abrite un peu du vent et mène à Lerwick le port principal en laissant sur tribord Bressay une grande île plate et nue.

  

 Deux journées de relâche sont prévues pour cette escale. La ville fleurie est  agréable avec ses rues et maisons imbriquées les unes dans les autres délimitant des venelles étroites aux escaliers raides. Elles permettent l’ascension vers les hauteurs de la ville et ainsi de bénéficier d’un magnifique panorama sur le paysage insulaire environnant. Nous découvrons un superbe musée sur l’histoire des Shetland, des premiers peuplements à nos jours, ouvert en face d’un vieil abri aux quais de granit, auxquels sont ancrés d’antiques esquifs de pêche et de transport. La principale ressource économique de la région repose sur l’exploitation du pétrole de la mer du Nord. Un gigantesque terminal portuaire pétrolier a été construit, mais le pétrole s’épuise…alors ! Il demeure encore et toujours les réputés moutons des Shetland et leur laine.

La première partie de la croisière se termine. A regrets l’Ecosse est laissée derrière nous. La traversée de la Mer du Nord en direction de Bergen en Norvège débute sans un souffle de vent. Assez rapidement un 5 de nord-est s’installe. Petit largue et Noème avançe à bonne allure. La nuit sera très claire, plutôt une pénombre. prémisse des journées sans nuits au-delà du cercle polaire. Sous pilote Noème avale les milles tranquillement. Abandonnés depuis l’Irlande, nous avons repris des quarts de nuit pour cet itinéraire. Quelques rares feux de navigation seront entrevus.  La route choisie évite délibérément les nombreuses plateformes pétrolières ancrées un peu partout dans cette zone. En matinée le vent monte à 7 Beaufort, la grand-voile est arisée, le yankee réduit de quelques tours. La présence de hauts-fonds lève bientôt une mer désagréable. Les vagues par le travers, déferlent font rouler et lofer Noème. Pour plus de confort la barre est reprise afin d'anticiper le passage des vagues et être moins malmenés. Nous naviguons ainsi  tout le début d’après-midi, accompagnés pendant un moment d’une vedette des douanes norvégiennes qui finit par s’éloigner sans rien demander. Suffisamment proche du rivage, une fois passée la ligne des premiers écueils la mer se calme, les vagues venant se briser sur ces premiers rochers qui les aplanissent. Bergen est rejoint en ,empruntant Korsfjorden, sous un soleil enchanteur en naviguant une quinzaine de milles dans des chenaux entourés de montagnes  arborées et décorées de maisons aux couleurs vives.

            Le port de Bergen est situé au fond d’un fjord et les emplacements dévolus à la plaisance tout à fait au fond de la grande darse. Etabli en plein centre ville, la darse est accolée d’un coté à un large quai bordé de terrasses de café et surtout d’admirables bâtiments peint et multicolores en bois  du quinzième siècle parfaitement conservés, et de l’autre coté à un quai assez court qui se prolonge par des immeubles récents tombant à même la mer. Il n’y a pas de ponton, l’accostage se fait directement à quai ou à couple en fonction des places disponibles. A marée basse débarquer est un peu sportif, le pavois est bien en dessous du bord supérieur du quai, heureusement le marnage n’excède pas un mètre cinquante. On arrive à y grimper en prenant appui sur des pneus qui pendouillent. Ces protections installées pour protéger les flancs des navires y laissent surtout des traces noirâtres difficiles à nettoyer.

Le mont Fløyen domine la ville de ses 320 mètres. De son sommet, gravi à pied, la vue sur Bergen blotti dans son écrin de verdure, est imprenable. On embrasse un formidable panorama. Le Quartier de Bryggen, au pied du mouillage, est inscrit au patrimoine de l’humanité. Des passages entres les bâtiments, aux endroits qui ne sont pas encore restaurés, laissent apparaître les matériaux utilisés autrefois pour bâtir ces immeubles : soubassement en pierre surmonté de constructions en bois mal dégrossi. Plusieurs musées nous ouvrirons leurs portes à la découverte d’évènements historiques, culturels et artistiques qui nous sont mal connus. Les maisons en planches très colorées, partent à l’assaut des pans montagneux du fjord à l’intérieur duquel Bergen est établi. Ces maisons bordent les rues tortueuses, étroites et pentues, bien souvent encore dallées de pavés. De nombreux espaces verts disséminés dans la ville offrent aux habitants la possibilité de se réunir, assis à même le sol, voire de s’allonger en maillot de bain sur une serviette de bain comme à la plage.

Le soir, si l’on peut dire, l’animation ne faiblit pas et les terrasses de café sont envahies autant par les touristes que les norvégiens. Un va-et-vient incessant de bateaux à moteurs, supérieurs en nombre aux voiliers, animent les bassins du port en permanence de la fin de l’après-midi à tard dans la nuit, accostant et repartant au gré de leurs fantaisies. Le vendredi soir et le samedi l’excitation est à son comble, la consommation d’alcool, quelles que soient les tranches d’âges, est démesurée, conduisant à des débordements pénibles. 

Tous les renseignements possibles pour organiser des circuits sont disponibles à l’office du tourisme qui est vaste avec un personnel important.

  

Voyage en Norvège été 2009

Quatre jours plus tard, alors que Bergen affiche 275 jours de pluie par an et que pour nous le soleil a continuellement brillé au cours l'étape, nous remonterons tout le littoral Norvégien jusqu’à Tromsø sous un ciel bleu azur et de journées qui n’en finissent pas. Les fjords, les mouillages et les ports se ressemblent étrangement. Le long du trajet pas de nette rupture du sud au nord dans les paysages grandioses, avec leurs sommets toujours enneigés en ce début d’été. La navigation dans et entre la montagne, parmi des parois montagneuses à la verticalité étonnante rejoignant la mer abruptement est étonnante.

Tableaux parfois oppressants, surtout par brouillard ou crachin, par temps très nuageux lorsque la mer s’agite et se noircit se confondant avec le rivage. Encore  plus écrasant, peut-être aux  Lofoten où les hautes montagnes escarpées aux sommets pointus, acérés et élevés surgies de l’océan, accentuent ce sentiment. La roche souvent à nue laisse quelques rares endroits aux lichens et arbustes où pousser. La vie doit y être âpre et certainement rude, encore plus l’hiver lors des nuits sans fin. Les maisons toujours de couleurs vives apparaissent lilliputiennes, perdues au pied de ces éminences rocheuses, moussues ou pelées. Les rares arbres  semblent sur les versants, comme peignés par le vent. A notre passage, les habitants depuis leur terrasse ou la rive font de grands signes de la main en guise de bienvenue.

Aux relâches dans les ports nous discuterons avec d’autres navigateurs ou gens du pays. L’accueil toujours emprunt de gentillesse, a été souriant et courtois, y compris à la douane à notre arrivée. Nous ne parlons pas norvégien mais pratiquement tout le monde s’exprime plus ou moins en anglais. Une autre particularité  est que l’alcool est hors de prix. Pour un remerciement ou un échange il nous est arrivé d’offrir une bouteille de vin, nous avons toujours eu le sentiment de faire un cadeau royal et apprécié.

En Norvège la température est clémente, avoisine seize à vingt degrés en journée pendant l’été. La navigation dans les chenaux intérieurs délimités entre les nombreuses îles extérieures et le littoral permet de naviguer sans rencontrer de grosse mer quelle que soit l’intensité du vent. Trop souvent ce vent, essentiellement de direction nord-est sur la côte en été, souffle de face dans les fjords ou les défilés étroits et la progression se fait le plus souvent au moteur. Difficile de faire autrement car tirer des bords dans ces « chenaux » tortueux plein de cailloux, (parfois pas plus de 20 mètres de large), n’est pas réaliste. Si en plus on y ajoute un courant aléatoire en force et en direction on aurait bien du mal à progresser sous voiles. Le balisage est précis, les balises et les phares très nombreux, l’absence de nuit facilite la navigation. Parfois le manque de passage intérieur oblige à naviguer de nouveau en pleine mer mais près de la côte. L’approche et le passage de certains de ces caps et péninsules sont extrêmement dangereux dès que le vent se lève et la mer se forme du fait du relief sous-marin désordonné. Même par beau temps la mer peut déferler. Une écoute attentive des bulletins météo est indispensable. La météorologie norvégienne dans son bulletin mentionne systématiquement la hauteur des vagues de la zone de Statt par exemple. A plusieurs reprises les vents atteindront 7 voire 8 beaufort malgré un beau soleil et un ciel resplendissant, alors prudence.

De multiples ponts et lignes électriques enjambent les chenaux et canaux reliant les innombrables îles au continent. Pour la route empruntée vérifier sur la carte que la hauteur des ponts et lignes électriques soit compatible avec la hauteur de la mâture, ne pas omettre de rajouter la hauteur de l’emplanture de mât par rapport à la flottaison et y rajouter « un pied de pilote ». Sinon reprendre la carte et repérer un autre itinéraire possible dans l’entrelacement de tous ces canaux. Les fermes marines se développent  considérablement et ne sont pas toujours signalées sur les cartes, ou signalées sur les cartes elles ont déménagées ou disparues. La vigilance est de rigueur pour ne pas les côtoyer de trop près.

Pour la première fois nous avions une cartographie électronique. Elle se révèlera une aide précieuse pour la navigation surtout par temps de brouillard, mais avec toujours, quand même, étalée sur la table à carte, une carte papier en l’occurrence du service hydrographique norvégien en complément de la cartographie électronique (Navionics) complétée du guide Imray sur la Norvège de Judy Lomax. Cette cartographie électronique nous a permis de limiter l’achat des nombreuses cartes de détail indispensables pour naviguer dans cette région pavée d’une infinité de cailloux. Nous l’avions connecté à un AIS récepteur mais aussi émetteur. Sur la cartographie à l’écran notre position et celles des cargos et ferries étaient affichées et eux pouvaient nous localiser sur leurs systèmes de navigation. Intéressant et utile dans les zones à fort trafic pour voir et être vu. A plusieurs reprises de gros bateaux ont incurvé leur route à notre approche. L’AIS est une aide à la navigation  très précieuse et complémentaire du radar la nuit ou par temps bouché.

Par contre du souci avec la réception des bulletins météo au Navtex. Dans plusieurs zones aucune réception vraisemblablement lié à la configuration géographique. Il reste les bulletins à la radio mais en norvégien. En contrepartie dans toutes les bibliothèques en Norvège, il existe un accès internet libre et gratuit d’une demi-heure minimum ce qui permet de se connecter au site météo de son choix et de pallier à la déficience du Navtex.  Dans certain port il y a la possibilité d’avoir une connexion internet par wifi et de récupérer les bulletins météorologiques. A Tromsø nous avons pris la liberté de nous rendre directement au centre météorologique où nous avons été fort bien accueilli.

  

Au cours de ce périple peu de voiliers étrangers croisés et seulement quelques voiliers norvégiens. Il y a nombre de « barques » à moteur, chaque Norvégien doit posséder la sienne. En contrepartie pas d’embouteillage sur les plans d’eau et pas de « tribord amure » braillé à tue-tête. Le risque de collision est réduit, sauf éventuellement avec les cargos empruntant ces passages étroits comme n’importe quel vulgaire youyou. Il est toujours saisissant de voir surgir un énorme cargo ou « building » à passagers au détour du coude d’un fjord. L’AIS nous aidé à éviter ces rencontres.

Les mouillages sont innombrables et globalement bien protégés, pas du tout encombrés. Présence de nombreux petits ports dans lesquels parfois un ponton pour quelques bateaux de passage a été installé. Quelques marinas aussi, jamais très grandes. Les structures sont réduites et dans ces petits ports il n’y a pas de personnel mais une « honestybox » où chacun verse son écot avant de repartir et ça fonctionne. Le prix en général unique quelle que soit la taille du bateau reste peu onéreux dans l’ensemble, entre 50 et 100 couronnes (soit 6 à 12 euros), avec le plus souvent  l’eau et l’électricité compris. Le plus cher fut 200 couronnes à Tromsø. C’est la seule chose bon marché avec le gazole (moins de 1 euro le litre) qui reste à un prix raisonnable dans ce pays.

La croisière à proprement parlée débute en Norvège par un premier départ le 16 juin de Bergen. Le 18 juin une sévère pneumopathie terrasse un des deux équipiers à Måløy, un coin perdu de la côte. Après trois jours d’une fièvre de cheval, l’équipier décida de rebrousser chemin avec le reste de l’équipage, sur Bergen lieu moins isolé. Nouveau départ le 27 juin après une franche amélioration de l’état de santé du malheureux équipier.

Le 27 au soir mouillage de rêve à Skifjord.

Le 28 toujours au soir nous touchons Raudoya et ancrons au creux d’une île dans une anse naturelle : superbe.

Le 29 le port de Kristiansund  nous propose une place au ponton occupé par quelques voiliers. Un orage menace en développant des couleurs d’une limpidité incomparables avant d’éclater et laisser échapper quelques misérables gouttes de pluie.

Le 30accostage à Uthaug un tout petit port de pêche vide de chalutiers, néanmoins équipé d’une usine de traitement du poisson. A l’opposé une minuscule marina pourvue d’un grand ponton disproportionné et inoccupé, nous reçoit.  Au voisinage d’une cabane légèrement délabrée, vraisemblablement la capitainerie et les toilettes, un jeune couple de norvégiens, grands et bien en chair  avancent sur leur bicyclette en descendent et se dirigent vers nous. Eux même navigateurs et en vacances chez les parents de madame, ils n’ont pu résister à l’envie de s’approcher de Noème après l’avoir aperçu de loin se diriger vers le port. Ils ont enfourché leurs bicyclettes et pédalé à toute vitesse  pour essayer de parvenir avant nous au port. Nous avons été les plus rapides. S’ensuivra la visite du voilier tout en discutant construction et navigation durant une bonne heure.

Le lendemain un brouillard si dense s’est levé qu’il est impossible de déceler l’entrée du port. La carte électronique et le radar  facilitent le décollage du ponton et le repérage de la sortie pour se faufiler ensuite au moteur dans ce dédale de passes. En milieu de matinée le brouillard se dissipera découvrant un paysage irréel enveloppé des derniers bancs de brume qui s’émiettent furtivement. En fin de journée, amarrage à un appontement recouvert d’énormes  pneus à l’entrée de Rorvik car la marina est comble. Cette petite ville sans charme particulier par un temps grisâtre ne nous enthousiasme guère.

Le 2 juillet au soir après une navigation sans problème la nuit est passée à Sandnessjøen,  au pied d’une montagne de 1075 mètres surplombant cette ville de plus de 5000 habitants, et dont le port actif  est un dortoir pour nombre de ferries. La marina située tout à fait au fond du bassin offre un bon abri.

Le 3 juillet au près avec 30 nœuds de vent, secoués toute la journée dans une mer inconfortable arrivée à Bodø.  Le port de plaisance est isolé du reste du port commercial et de pêche par un long ponton flottant dont seul l’extérieur est autorisé à l’amarrage pour les yachts  de passage et tout à fait incommode puisque exposé aux sillages  des cargos et ferries qui entrent et sortent du port commercial toute le journée. De plus le vent continue à souffler 30 nœuds. Tous les pare-battages sont ordonnancés régulièrement à tribord pour protéger le bordé, avant d’afflanquer le ponton. Poussé par le vent Noème cogne assez brutalement le ponton lui aussi agité dans tous les sens, montant et descendant gaillardement au rythme de la houle et des vagues. Les grosses défenses s’écrasent et amortissent correctement  les soubresauts. Noème reste collé au ponton sous la pression du vent. Une fois à poste les amarres ne sont pas  excessivement raidies pour éviter un effet ressort trop important.  Vérification que tout se passe correctement avant d’aller se dégourdir les jambes en visitant Bødø

  

Voyage en Norvège 2009